Ambitions réalistes ou démesurées ?
La conquête de l’espace a-t-elle un sens économiquement alors que l’Afrique ou l’Asie ont des dépenses primordiales à assurer pour leur développement ?
L'espace, c'est risqué
Le 24 août 2003, 21 ingénieurs sont tués dans l'explosion au sol d'une fusée spatiale brésilienne.
Il s'agit du troisième échec consécutif du prototype VLS (Véhicule lanceur de satellites) qui aurait pu faire du Brésil le seul pays d'Amérique latine capable de mettre des satellites en orbite avec une technologie nationale.
L’histoire de la conquête spatiale est émaillée d’échecs, heureusement pas toujours aussi dramatiques.
En Corée du Sud, le vol inaugural du premier lanceur national est reporté à sept reprises, et échoue finalement en 2009 à placer en orbite un satellite, car la moitié de la coiffe de la fusée est éjectée avec 300 secondes de retard. Fatal !
Un second lancement en juin 2010 échouera également...
Autre exemple en décembre 2010, les ingénieurs indiens perdent le contrôle d’une fusée et préfèrent procéder à sa destruction préventive au-dessus de la mer.
"Mais aucune grande puissance n’est à l’abri de tels échecs, et il n’y a pas d’inquiétude spécifique à avoir vis-à-vis des pays émergents", estime à l’ESA Frédéric Nordlund.
L'ambition militaire passe par l'espace
Avril 2012 : sous le nom ravissant de "voie lactée", la fusée nord-coréenne Unha-3 s’apprête à envoyer dans l’espace un satellite d’observation terrestre "étoile brillante".
Mais quand celle-ci explose en plein vol, toute la région respire, car personne n’est dupe : il s’agissait bien de tester la capacité de tir d’un missile balistique.
De même quand l’Iran annonce avoir procédé à des essais de fusée, c’est toute la communauté internationale qui s’inquiète. Car derrière un programme officiellement civil - Téhéran produit aussi des satellites - ce type de fusée peut servir de missiles à longue portée capable d'emporter des ogives nucléaires.
Plusieurs pays asiatiques, dont le Vietnam, la Thaïlande et Taïwan, investissent dans des satellites-espions. L’espace est aussi un terrain militaire…
Les PVD doivent-ils limiter leurs ambitions ?
Crainte de dépendre de l’étranger, risque de ne pas avoir les données précises dont ils auraient besoin assez rapidement : les arguments sont nombreux qui plaident en faveur de l’autonomie des pays en voie de développement dans le domaine spatial.
Par exemple, quel meilleur moyen d’encourager les Africains à faire carrière dans la science et l'ingénierie, que de pouvoir leur dire qu’ils peuvent fabriquer leurs propres satellites ?
Cependant, la moitié de la population du Nigeria vit au-dessous du seuil de pauvreté et un enfant sur dix y meurt avant l'âge de cinq ans.
"Nous devons pouvoir marcher avant d’apprendre à courir, estime Peter Martinez, président du Conseil sud-africain aux Affaires spatiales, dans un article sur le sujet. Je ne crois pas que les vols spatiaux habités soient une priorité pour les nations africaines en ce moment. Même si la dimension symbolique est forte, notre priorité doit être d’utiliser l’espace pour un bénéfice social.
Le rêve lunaire à portée de chinois
Si certains pays se démènent encore avec des questions de priorité, d’autres se sont déjà inscrits dans la course au spatial : en juin 2012, trois taïkonautes (astronautes chinois), dont une femme, réalisaient pour la première fois un amarrage entre deux vaisseaux inhabités.
La manœuvre était très délicate, les deux vaisseaux tournant autour de la Terre à environ 28 000 km/h et risquant de se détruire mutuellement en cas de collision.
D’ici 2020, la Chine devrait donc disposer de sa propre station orbitale, sachant que son objectif suivant est d’envoyer un homme sur la Lune en 2030.
L’Inde n’est pas en reste, qui en 2008 a lancé une sonde pour étudier le sol lunaire et pourrait bien vouloir montrer à la Chine et au monde qu’elle peut aussi envoyer des hommes dans le cosmos.
Un premier projet de vol habité est prévu pour l’année 2016.














