La Terre contre-attaque
Si une trajectoire de collision est détectée, l'homme pourrait tenter quelque chose pour éviter la catastrophe. Toutefois, les scénarii n'existent que sur le papier. Aucun test n'a jamais été effectué...
L'impacteur : le scénario le plus crédible
Si jamais nous repérons un caillou qui aurait la mauvaise idée de rendre visite à la Terre, la moins mauvaise des solutions serait... de jouer aux billes.
Autrement dit d'envoyer un gros satellite de plusieurs centaines de kilos s'écraser dessus à grande vitesse (plusieurs km/s). La pichenette pourrait ainsi dévier la trajectoire de l'astéroïde afin qu'il nous frôle sans nous toucher.
Le crash d'une sonde sur une comète a déjà été tenté lors de la mission Deep Impact en 2005. Mais l'objectif était d'analyser la composition de la comète et non de la dévier.
Car pour déjouer l’adversaire, il faut le connaître : dans un astéroïde poreux, le projectile risquerait de se planter comme une bille dans du polystyrène ; alors qu’il modifierait profondément la trajectoire d'un bloc de fer très dense.
Détail d'importance : contrairement à ce que l’on voit dans les films, mieux vaut ne pas utiliser de charge atomique pour détruire le géocroiseur : les éclats radioactifs pourraient en effet retomber sous forme de pluie sur Terre…
Dans le film de fiction Armageddon, 4 astronautes sont chargés de placer une charge nucléaire au sein d’un astéroïde pour le détruire. © Gaumont Buena Vista International
Autres scénarios-fictions
De nombreux autres scénarios ont été suggérés. Par exemple, envoyer une équipe de Space Cowboys forer l'astéroïde pour y placer des charges explosives comme dans le film Armageddon.
Ou encore utiliser les forces de gravitation d’un satellite situé à proximité pour le dévier petit à petit de sa trajectoire (technique du tracteur gravitationnel).
D'autres ont pensé à amarrer une voile solaire à la surface de l'astéroïde, de manière à ce que les photons lumineux le poussent hors de sa trajectoire.
D'autres encore imaginent une variante de cette dernière stratégie en changeant la manière dont les photons se réfléchissent sur l'astéroïde... en lui mettant une bonne couche de peinture ou en plaçant une flottille de voiles à proximité pour faire de l’ombre.
Autant de solutions qui ont le défaut de nécessiter non seulement une excellente connaissance de l'astéroïde, mais également de le repérer quelques années auparavant afin de les mettre en œuvre.
L’échelle de Turin, graduée de 0 à 10, exprime à la fois le risque d'impact et le potentiel destructeur d'un astéroïde. © Richard P. Binzel, MIT
Trouvez-moi le responsable !
Tous ces scénarios sont bien beaux. Mais comment les mettre en œuvre ? Qui pour financer ces projets ? Qui pour les diriger ? Quels pays pour les mettre en œuvre ? Quelle technologie utiliser ?
Aujourd'hui, il n'existe pas encore de coordination internationale en place prête à gérer ce genre d'événements. Le problème est en cours de discussions aux Nations unies dans le cadre du COPUOS (Comité pour un usage pacifique de l'espace extra-atmosphérique).
On l’aborde aussi dans de nombreuses associations et comités tels que le Planetary Defense Committee - l'association des explorateurs de l'espace - ou la Fédération internationale d'astronautique.
Mais il faudra encore patienter quelques années avant qu'émergent les structures et les chaînes de commandement permettant de faire face à ce type de situation.
Premier essai de déviation
La meilleure manière de voir si nos scénarios de la dernière chance fonctionnent est de les tester. C'est dans cette optique que l'ESA a effectué il y a quelques années une étude de faisabilité d'un projet baptisé “Don Quichotte”.
Celui-ci consiste à envoyer dans l'espace deux vaisseaux.
Le premier étudiera l'astéroïde choisi pour cible (loin de la Terre) pendant plusieurs mois. Pendant ce temps, le second prendra de la vitesse puis ira s'écraser de toute sa masse sur le caillou.
Le premier vaisseau mesurera si l'effet de déviation escompté s'est produit ; il pourra également tester l'hypothèse du tracteur gravitationnel en tentant à son tour de dévier la trajectoire de l'astéroïde uniquement par sa masse.
En juillet 2010, la Commission européenne a lancé un appel d'offres pour financer une étude de faisabilité sur ces opérations de déflexion - à hauteur de 4 millions d'euros.











