Lutter contre les épidémies grâce à l'espace

Faire appel aux satellites pour anticiper l’émergence de maladies infectieuses : cette nouvelle approche conceptuelle et encore balbutiante a été mise au point par le CNES il y a une dizaine d’années.

La télé-épidemiologie

C’est une nouvelle approche encore peu connue du grand public.

Elle vise à mettre les satellites au service de la santé, en croisant des données récoltées sur le terrain - des informations médicales, vétérinaires, entomologiques, socio-économiques… - avec des données spatiales recueillies par une batterie d’instruments gravitant autour de la Terre.

L’objectif : établir des modèles de prédiction des risques d’épidémies. La télé-épidémiologie traque les infections qui font des ravages aux quatre coins de la planète.

Ces maladies ont pour point commun d’être provoquées par des agents pathogènes (virus, bactérie, parasite, champignon) transmis par l’eau, l’air ou par un "vecteur", tel un moustique, un rongeur, etc.

 



Les apports des systèmes spatiaux à la télémédecine sont nombreux, parmi ceux-ci l'aide à l'étude et à la prévention des épidémies © CNES

Spot 5 est le dernier né des satellites d’observation Spot qui portent un regard attentif sur la Terre depuis 1986 © CNES/Ill. DUCROS David, 2002

Satellites...ou boules de cristal ?

Situés à plusieurs centaines de kilomètres d’altitude, les satellites sont incapables de suivre les déplacements de moustiques ou de bactéries !

Les informations délivrées par les images satellitaires ne portent donc pas directement sur les pathogènes responsables des maladies (virus, bactérie, parasites, vecteurs, …) mais sur leur environnement et les habitats favorables à leur développement et à leur prolifération.

Ainsi, Landsat, Spot, Ikonos, QuickBird surveillent l’évolution de la végétation, de l’urbain ou des surfaces en eau ; Météosat mesure les vents et les masses nuageuses ; AVHRR (Advanced Very High Resolution Radiometer), MODIS-Terra ou Aqua permettent d’accéder à la température de surface ; TRMM (Tropical Ranifall Measuring Mission) fournit des données sur la pluviométrie ; Jason et Envisat révèlent la température des océans, la hauteur des vagues et des lacs... 



Collecte d'insectes vecteurs de transmission de maladies par des spécialistes sur le terrain © Jean-Jacques Lemasson/IRD

Une mise en musique en trois temps

Pour identifier les mécanismes en jeu dans l’émergence de la maladie infectieuse, des spécialistes sont envoyés sur le terrain : des entomologistes, des médecins, des vétérinaires, des sociologues, spécialistes du climat ou de l’environnement... Le CNES a en effet élaboré une méthode en trois temps pour faire de la télé-épidémiologie :

  • comprendre, grâce à des mesures in situ, les mécanismes d’émergence et de propagation de la maladie et identifier les facteurs environnementaux et climatiques jouant un rôle ;
  • identifier comment les satellites peuvent se rendre utiles dans la détection de ces paramètres environnementaux et climatiques ;
  • modéliser : toutes les données, terrestres et spatiales, sont mises en musique pour produire des cartes des zones à risques.
    Attention, il ne faut pas les confondre avec des cartes de l’épidémie : n’y sont indiquées que les probabilités, plus ou moins fortes, de présence du vecteur de la maladie. On parle de risque vectoriel ou de risque environnemental.

 



Quartier Grand Yoff, Dakar : habitat dense et récent dans une zone basse facilement inondable. De grands bassins de collecte des eaux de surface constituent d'excellents gîtes pour les moustiques du genre Culex pendant la saison sèche © IRD

Des cartes pour agir sur le terrain

La télé-épidémiologie permet de faire de la prévention.

À partir des cartes, on peut cibler les endroits où les vaccinations sont prioritaires, où la démoustication s’impose, ou encore les zones où les hommes et leurs troupeaux ne devraient pas s’arrêter.

Par exemple, avant d’installer ses cantonnements, l’armée française souhaite pouvoir identifier les zones les moins risquées en matière de maladies infectieuses, notamment pour le paludisme (première infection parasitaire dans le monde). Ainsi à Dakar au Sénégal, l'armée française, au travers de son Institut de Recherche Biomédicale des Armées (IRBA) a fait appel aux services du CNES pour repérer les quartiers les moins risqués en termes de paludisme.

En effet, à certaines périodes de l'année les moustiques, vecteurs de la maladie, sont si nombreux dans la ville qu’une personne peut recevoir jusqu’à 250 piqûres en une seule nuit !

Afin de ne pas installer les soldats précisément là où ils pullulent, une cartographie des zones favorables à leur développement, c’est-à-dire celles disposant de sources d’eau temporaires et de petites tailles (des puits, des rigoles…) a été réalisée.



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