La fièvre de la vallée du Rift, un cas d’école
Récit du premier cas de mise en pratique de la télé-épidémiologie. Nous sommes au Sénégal, où sévit une maladie appelée la fièvre de la vallée du Rift.
Les maladies véhiculées par les moustiques provoquent de lourdes pertes dans les troupeaux de bétail au Sénégal © Nicolas Moiroux/IRD
Une saison "piquante"
Chaque année, au Sénégal, c’est l’invasion : l'arrivée de la mousson, qui dure de juin à octobre, signe le début de la saison des moustiques, tant dans les villes que dans les campagnes.
Or l’insecte transporte avec lui nombre de maladies, dont la fièvre de la vallée du Rift (FVR). Dans les troupeaux de bétails, cette zoonose virale - maladie circulant chez les animaux mais pouvant être transmise à l'homme - provoque des avortements, voire même la mort, et entraîne par conséquent de lourdes pertes économiques.
Sans traitement à ce jour, elle peut aussi être transmise à l'homme, avec un taux de mortalité de 5 %.
Pour anticiper la propagation des moustiques et enrayer l’épidémie, le CNES, à la demande de la direction des services vétérinaires du Sénégal, a lancé en 2003 sa toute première campagne de télé-épidémiologie contre la FVR.
Un duo de moustiques ravageur
Les entomologistes ont d’abord mené l’enquête sur le terrain, dans la région du Ferlo. Ils ont capturé des milliers de moustiques, les ont badigeonnés de couleurs, les ont relâchés puis capturés de nouveau plus loin.
Ils ont ainsi découvert que, dans cette région, deux espèces de moustiques, Aedes vexans et Culex poicilipes, sont les principaux vecteurs de la fièvre de la vallée du Rift.
Toutes deux se reproduisent près des mares temporaires et ne s’en éloignent pas de plus de 500 m. Mais quand l’une pond au bord de l’eau et pique en début de saison des pluies, l’autre préfère attendre que la mousson gonfle les mares pour pondre ses œufs à la surface des étendues d’eau et piquer dans la foulée.
Conclusion : pour repérer les zones de présence potentielle des moustiques, il faut d’abord détecter les mares, mais aussi être en mesure de suivre leur dynamique.
Images spatiales du site de Barkédji au Sénégal, délivrées par le satellite Spot 5 à une résolution de 10 m, le 26 août 2003 © CNES/Spot Images
Adapter les données spatiales
Que mesure exactement un satellite de télédétection qui observe la Terre ? Les rayonnements réfléchis par les objets au sol.
C’est en combinant les différentes longueurs d’onde captées qu’il devient ensuite possible de caractériser cet objet plus précisément.
À l’aide de formules mathématiques, on crée des "indices" pour repérer les surfaces liquides, la turbidité, la végétation, mais aussi l’évolution de ces surfaces entre jours de pluies et périodes sèches.
Ces informations sont ensuite intégrées à une modélisation. Ainsi, grâce aux satellites, 1 350 mares sont sous surveillance dans la région du Ferlo, au nord-est du Sénégal !
Faire des prédictions
Les observations satellites, grâce à la modélisation, permettent de produire des cartes prédictives qui signalent les zones où une forte concentration de moustiques est probable, autrement dit les zones à fort risque de contamination.
Toutefois ce système ne fonctionne que si aucun paramètre lié à l’émergence d’une maladie infectieuse n’a été omis.
Afin d’en être sûr, des années d’observation et de vérification sont le plus souvent nécessaires : il faut au moins sept à huit saisons des pluies pour valider le processus !
Mais parfois la méthode porte ses fruits rapidement : à la suite de fortes précipitations en juillet 2003, la télé-épidémiologie mise en place au Sénégal pour la fièvre de la vallée du Rift a détecté un risque de présence des moustiques Aedes vexans et Culex poicilipes, vecteurs principaux de la maladie dans cette région.
Les autorités de santé, comme la Direction des Services Vétérinaires du Sénégal, ont ainsi pris conscience de l’utilité de ce type d’outils pour préparer les actions de lutte contre cette maladie.
En savoir plus :
- Les épidémies vues de l'espace, sur le site du CNES
- Des moustiques, des mares, et le satellite Spot 5 dans CNESMAG N° 31 (oct 2006), rubrique Société)











