Moucherons et bactéries en ligne de mire
Après leur première expérience en télé-épidémiologie, les satellites traquent quantité d’autres maladies propagées par des vecteurs, par l’eau ou par l’air.
La dengue du moustique argentin
Les moustiques ne sont pas seulement responsables de la fièvre de la vallée du Rift, ils transmettent quantité d’autres maladies, telle la dengue.
Cette "grippe tropicale", quasiment éradiquée du continent américain il y a un demi-siècle, sévit à nouveau depuis les années 1980.
L’Agence spatiale argentine (Conae) a donc lancé, en collaboration avec le CNES, une étude de télé-épidémiologie pour prédire dans le nord du pays les lieux de multiplication du vecteur Aedes aegypti et obtenir des cartes précises des foyers d’infections.
Le moustique se reproduit dans de minuscules surfaces liquides, des vases ou des coupelles inobservables par satellites ! Néanmoins cette étude en cours a déjà montré que les zones à risques se situaient près de jardins peu entretenus.
L'hypersalivation est l'une des lésions dues à la maladie de la langue bleue Crédit : Balenghien © CIRAD 2007
Langues bleues en Corse
La fièvre catarrhale ovine, ou maladie de la langue bleue, était considérée comme une maladie exotique pour l’Europe, jusqu’à ce qu’elle s’installe durablement sur le vieux continent.
Présente en Corse depuis 2000, elle provoque chez les moutons de multiples lésions pouvant entraîner la mort.
Elle se transmet par l’intermédiaire d’un vecteur de seulement un à deux millimètres de long, le moucheron Culicoides imicola.
Vivant à proximité des troupeaux, il suce le sang du bétail ; mais on ne sait pas pourquoi certains élevages sont touchés et d’autres non. En étudiant l’environnement de 80 bergeries infectées ou saines, une série de critères (élevages mixtes, zones arborées…) a été mise en évidence à l’aide du satellite Spot, puis validée sur 134 fermes de la région d’Ajaccio !
hine : carte des zones potentiellement occupées par les moustiques vecteurs de la bilharziose – aussi appelée schistosomose © CNES
Le mollusque chinois et sa bilharziose
Parfois, un petit bain dans un marigot et c’est la bilharziose garantie !
Cette infection, responsable d'environ 800 000 décès par an, se transmet par un parasite qui se glisse à travers les plaies ou les voies génitales des baigneurs.
En attendant, il est hébergé par des gastéropodes aquatiques vivant dans des végétations d’eaux douces, le plus souvent stagnantes.
Dans la région du lac Poyang en Chine, une étude pilote financée par le CNES a mis en évidence deux périodes de transmission : l’une au printemps lors de la montée des eaux, l’autre à l’automne lors de la vidange du lac.
La présence de deux espèces végétales, le carex et le polygonum, semble aussi favoriser le développement du mollusque. Une modélisation, prenant en compte ces facteurs, est désormais en cours.
Bactérie Vibrion Cholereae © Zeiss DSM 962 SEM T.J. Kirn, M.J. Lafferty, C.M.P Sandoe and R.K. Taylor
Coquillages et diarrhée en Méditerranée
C’est Noël. Sur la table, huîtres et coquillages sont à l’honneur... Mais attention ! Ils cachent peut-être des bactéries du genre vibrio, responsables de problèmes gastriques ou vecteurs du choléra, une maladie diarrhéique aiguë dont on peut mourir en quelques heures en l’absence de traitement !
Pour ne pas gâcher la fête, une étude tente de débusquer Vibrio cholerae avant qu’il n’arrive dans nos assiettes. La bactérie dort en effet dans certaines eaux de la planète, et se réveille lorsque la température augmente et que le plancton se développe.
Grâce aux images des satellites dédiés à la couleur de l’eau, il est possible de déduire la quantité de plancton, et donc les risques d’épidémies de choléra en Méditerranée ou dans le golfe du Bengale !
En savoir plus :
- Les épidémies vues de l'espace, sur le site du CNES
- Des moustiques, des mares, et le satellite Spot 5 dans CNESMAG N° 31 (oct 2006), rubrique Société)










